les 12 principes de la permaculture

Les 12 principes de la permaculture

1. Observer et interagir

La conception d’un système permaculturel se fait sur la base de l’observation minutieuse du contexte local, résultant d’une interaction répétée avec l’environnement : identification des acteurs, des ressources, de leur distribution et des limites du système.

2. Collecter, optimiser et économiser l’énergie

Le fonctionnement du système se base ensuite sur la réduction globale de l’énergie utilisée, et la récupération et le stockage de cette énergie : citernes pour l’eau de pluie, bâtiments solaires passifs, utilisation et recyclage des déchets, systèmes de végétation pérenne produisant de la nourriture ou d’autres ressources.

3. Obtenir une production

Le système devrait être conçu pour assurer une autonomie à tous les niveaux. Un tel système sera couronné de succès et se répandra si sa mise en œuvre résulte en des boucles de rétroaction positive qui récompensent la réussite, la croissance et la propagation de ces solutions.

4. Appliquer l’auto-régulation et accepter la rétroaction

Nous devons développer la compréhension des rétroactions résultants de nos actions sur le système en vue de favoriser les rétroactions positives (accélérateurs) et limiter les rétroactions négatives (freins), ceci afin d’élaborer un système auto-régulé et auto-entretenu, et d’éviter les actions correctrices répétitives et exigeantes. Dans les systèmes naturels, les individus et les populations subissent les rétroactions négatives des systèmes naturels et communautaires à grande échelle, et ont développé des mécanismes visant à limiter l’impact de ces rétroactions externes : certaines espèces animales ont par exemple développé des mécanismes physiologiques afin que les femelles puissent être fécondées en automne, avant la période de mortalité des mâles (stockage du sperme chez les chauves-souris, développement suspendu du fœtus chez le chevreuil). Les effets des boucles de rétroaction externes mettent parfois du temps à se faire sentir. Les sociétés traditionnelles avaient résolu ce problème en instaurant des coutumes, tabous et interdits visant l’auto-régulation. Dans une société moderne, où l’effet des boucles de rétroaction négatives engendrées par nos besoins se développe souvent à grande distance (temporelle ou spatiale), les mécanismes de contrôle externe ne sont plus intégrés dans la réflexion sur les conséquences de nos actions. Cela nous mène à une société écologiquement inadaptée, dont l’existence même est menacée du fait de l’absence de garde-fou. Ainsi, le développement de nouveaux comportements et cultures visant l’auto-régulation est l’un des principaux défis des écologistes. Le risque de nos comportements négatifs doit donc être ré-internalisé, et pensé éthiquement au niveau de l’individu, de sa famille et de sa communauté.

5. Utiliser et valoriser les services gratuits et les ressources renouvelables

Dans notre monde hyper-technologique, la tendance est à créer des appareils et des subterfuges consommant de l’énergie mais produisant des revenus afin d’effectuer de nombreuses tâches qui sont déjà fournies – à bas coût et de manière renouvelable, mais sans profit financier – par la nature (sèche-linge, « arbres » artificiels, climatiseurs). De plus en plus, ces services écosystémiques doivent être « restaurés » ou « remplacés » dans un espace naturel mis à mal.

6. Ne pas produire de déchets

L’utilisation sans limites de ressources non-renouvelables et le recours à l’hyper-technologie a créé un nouveau type de déchet, en termes de quantité et de qualité : on estime par exemple qu’en 2050, le poids des déchets plastiques dans l’océan dépassera celui de la biomasse des poissons. Favoriser l’utilisation de matériaux qui peuvent être surcyclé (« upcycling » ou réutilisés), le recyclés ou la transformés en ressources à l’issue de leur cycle de vie est la clé de la réalisation d’un mode de vie plus frugal sur la Terre.

7. Partir des structures d’ensemble pour arriver aux détails

Ce principe nous invite à garder une vision d’ensemble, et à adapter un schéma général simple et viable au contexte local, avant de subdiviser le système (zonage) et à en élaborer les détails. La métaphore de ce principe serait la toile d’araignée : bien que basée sur un schéma répétitif et constant, ses détails varient à chacune de ses nouvelles élaborations en fonction des caractéristiques de l’environnement.

8. Intégrer plutôt que séparer (coopération plutôt que compétition)

Parce que la complexité fait peur et est difficile à appréhender, nous avons tendance à « sectoriser » les éléments d’un système et à les considérer séparément. Néanmoins, c’est en considérant les interactions entre ces éléments que nous sommes en mesure de les agencer entre eux afin que chacun d’entre eux remplisse plusieurs fonctions, et que chaque fonction puisse être assurées par plusieurs d’entre eux. La permaculture insiste sur la création de relations mutuellement bénéfiques. Nous sommes culturellement programmés pour mettre l’accent sur les relations compétitives et prédatrices, mais c’est en passant par la coopération, le mutualisme ou la symbiose que nous développerons un système résilient et évolutif.

9. Utiliser des solutions à petite échelle et avec patience: le problème est la solution

Les actions effectués en autonomie à l’échelle locale sont souvent les plus efficientes. Actuellement, l’énergie à bas prix a favorisé des systèmes à grande échelle : le faible coût apparent des transports de matériaux et d’être vivants détruit les communautés et accélère la demande énergétique. Dans les pays développés, le découplement totalement irréaliste de nos capacités humaines et de l’hyper mobilité (et vitesse) exigée par la société a résulté en un fonctionnement intenable sur le long terme. En Suisse depuis 2000, la longueur des routes nationales a augmenté de 13%, alors que le parc des voitures de tourisme a fait un bond de … 30% (deux fois plus qu’en 1980). De plus, la distance journalière moyenne parcourue par personne (36.8 km) a augmenté de 5%, de qui représente 90 minutes dans les transports chaque jour (OFS). Remettre l’humain au centre du système devrait permettre la réduction des dépenses énergétiques, financières et humaines.

10. Utiliser et valoriser la diversité

Une culture de la diversité assure que les ressources seront distribuées et utilisées par un maximum d’êtres ou de processus : en effet, chaque type de vie nécessitera des ressources différentes, et chaque ressource servira à un organisme. En retour, chaque organisme ou processus offrira des services différents au système. Par exemple, la diversité de langues et de cultures locales des sociétés humaine est une source inépuisable de savoirs-faire transférables qui peuvent être utilisées par d’autres sociétés pour résoudre leurs propres problèmes ou questionnements. Au jardin, la diversité des cultures permet de faire face aux aléas des ravageurs, de la météo ou des fluctuations du marché.

11. Utiliser les interfaces et valoriser les éléments de bordure (1+1=3)

Trouver un moyen de valoriser les moments ou les espaces de « vide », les « entre-deux », afin qu’ils puissent bénéficier au système sans forcément y investir beaucoup d’énergie. Dans la nature, c’est fréquemment ces interfaces qui produisent la plus grande richesse : que ce soit la zone des marées entre la terre et la mer ou la zone humique (sol) entre la roche et le vivant, ces espaces oubliés sont pourtant essentiels. Au même titre que la préservation de la diversité, la reconnaissance du « marginal » et de son énergie, de son potentiel, est essentielle : l’utilisation de ces bordures, et même leur extension, permet d’augmenter la productivité et la stabilité du système entier.
Au jardin et dans le monde agricole, les interfaces sont typiquement des espaces où la micro-faune peut trouver refuge et se reproduire. La diversité des milieux (tas de pierre ou de bois, arbres morts, haies, lisières, jachères, …) induit la diversité biologique. Une plus grande diversité dans le système lui permet d’assurer de nombreux services écologiques indispensables : pollinisation, lutte contre les maladies ou les ravageurs, résistance aux événements climatiques extrêmes, …

12. Utiliser le changement et y réagir de manière créative

Les changements sont inévitables dans la nature. Le changement constitue la richesse : à chaque étape, des processus et des espèces différents trouvent leur place. Il est donc nécessaire d’intégrer le changement à notre manière de fonctionner, le mieux étant de pouvoir l’anticiper et de l’utiliser afin de façonner la situation future. La permaculture est une culture de la permanence, mais paradoxalement le changement et la flexibilité en est la clé. En effet, ce qui peut apparaître globalement comme un système stable est en fait constitué d’une infinité de petites unités en équilibre dynamique, en réagencement constant, et dont la flexibilité garantit la résilience du système, et le protège contre l’effondrement.