Le sel de bore

Le sel de bore, ami ou ennemi?

Le sel de bore est largement utilisé dans la construction pour le traitement des charpentes et des isolants naturels comme les fibres végétales, la laine ou la ouate de cellulose. C’est une substance minérale simple que l’on extrait de certaines roches riches en borax.

Il assure trois fonctions importantes:

  • insecticide (évite le développement des capricornes et autres insectes xylophages)
  • antifongique (évite la formation de moisissures)
  • ignifuge (réduit le risque d’incendie)

Il est soluble dans l’eau. Il peut donc facilement être pulvérisé. Pour assurer sa persistance dans le bois, il est conseillé d’imprégner ensuite les boiseries avec un produit imperméable. Il ne va par contre pas convenir pour les boiseries exposées à l’humidité.

Longtemps considéré inoffensif pour l’homme, le sel de bore a été classé en 2008 par l’Union Européenne comme toxique pour la reproduction (Règlement CE n°1272/2008, annexe VI, partie 3, tableau 3.1, ainsi que la Directive 67/548/CEE). De nombreux artisans et propriétaires craignent donc les effets nocifs d’un produit par ailleurs très utile et facile à utiliser.

Nous tentons donc ici de faire le point sur cette éventuelle toxicité.

Du côté de la recherche

Des essais sur divers animaux ont montré des troubles graves après l’absorption de sel de bore: les voies reproductrices semblent être systématiquement affectées en cas d’exposition à de fortes doses d’acide borique/de borax chez toutes les espèces. Les effets sur l’appareil reproducteur rapportés chez le chien, le rat, la souris et le lapin comprennent l’atrophie testiculaire, l’inhibition de la spermatogenèse, la perte des cellules germinales et les changements dans la morphologie des spermatozoïdes épididymaires. Ces observations sont très effrayantes, mais doivent être relativisées. Comme le disait déjà Paracelse au 16è siècle « Rien n’est poison, tout est poison: seule la dose fait le poison. »

Les toxicologues ont donc cherché à définir la dose maximale sans effet nocif observable pour l’homme. Les résultats arrivent à environ 10 mg par jour et par kilo de poids corporel, soit un peu moins d’un gramme pour un adulte. La dose mortelle quant à elle se situerait entre quinze et vingt grammes pour un adulte. Le sel de bore doit donc être manipulé et stocké avec les précautions qui s’imposent (bon étiquetage, mise hors de portée des enfants etc.).

Un ouvrier du bâtiment ne devrait pas en principe avaler les produits qu’il utilise, mais il peut en absorber de faibles quantités en respirant ou par contact cutané. Les habitants du logement eux ne sont concernés que par d’éventuelles émanations gazeuses ou de fines particules provenant des matériaux. Nous devons donc évaluer le danger de très faibles doses absorbées sur de longues périodes. L’expérimentation animale est peu efficace pour répondre à ces questions car les rats ne vivent que quelques années et les programmes de recherche ont aussi une durée limitée. On recourt donc à l’observation de personnes particulièrement exposées dans la vie réelle.

Trois situations ont été étudiées:

  • En Turquie, certaines populations consomment depuis longtemps de l’eau naturellement riche en sel de bore.
  • En Russie, des mineurs ont été fortement exposés à des roches riches en bore pendant des années.
  • Il existe de nombreuses préparations médicamenteuses contenant du bore, en particulier en ophtalmologie. On a évidemment observé les effets secondaires de ces préparations.

Dans ces trois cas, les études médicales n’ont montré aucun effet négatif sur la santé ou la fertilité de ces personnes. Il semble donc que le sel de bore ne présente un danger que s’il est absorbé à des doses relativement importantes. Il serait même bénéfique à très faible dose (on le trouve dans des compléments alimentaires), voire indispensable à notre santé. En savoir plus.

Mais aujourd’hui, le sel de bore est soumis au règlement européen Reach (Registration, Evaluation and Authorisation of Chemicals, en français : système d’enregistrement, d’évaluation et d’autorisation des substances chimiques). Depuis, le principe de précaution veut que tout produit contenant du sel de bore en concentration supérieur à 5.5% en masse doit porter une étiquette indiquant un risque. Or, dans les ouates de celluloses, la teneur de sel de bore est inférieur à 5.5%; ces produits sont donc considérés sans risque aucun. Le sel de bore utilisé comme imprégnation de bois doit être utilisé avec les précautions inscrites sur les étiquettes.

Notons ici que les risques liés à l’utilisation de molécules de synthèse issues de la pétrochimie (formaldéhydes, organochlorés, phtalates etc.) est largement plus inquiétant. En effet, ces molécules complexes et inconnues des êtres vivants sont très difficilement éliminées par notre corps et ont une fâcheuse tendance à s’y accumuler au fil du temps. On sait maintenant qu’elles agissent même à très faible dose comme perturbateurs endocriniens ou agents cancérogènes. Rien de tout cela avec le sel de bore qui n’est toxique qu’à des doses significatives et est naturellement éliminé par l’organisme.

Les alternatives écologiques

Il faudrait donc trouver une substance qui auraient les propriétés du sel de bore, sans en avoir la toxicité, pour traiter les isolants comme la ouate de cellulose ou le bois. Mais n’oublions pas que l’on veut un produit capable d’éliminer les insectes, les moisissures et d’empêcher la combustion du matériau, tout en restant inoffensif. C’est un peu la quadrature du cercle!

Certains fabricants de ouates de celluloses ont remplacé le sel de bore avec des sels d’ammonium, mais avec un succès mitigé : sous certaines conditions (humidité), des émanations d’ammoniaque apparaissent et ont ainsi contraint ces fabricants européens à retirer du marché leurs produits contenant des sels d’ammonium…

Par contre, un produit ancestral et très utilisé en éco-construction est tout simplement la chaux naturelle qui a des propriétés antiseptiques. On la mélange à divers types de fibres pour en faire un crépis isolant ou un badigeon

Et certains matériaux sont naturellement résistants aux insectes, aux moisissures et au feu. C’est le cas du liège ou des isolants minéraux (vermiculite, perlite etc.)

Synthèse et conclusion

Le sel de bore n’est pas une substance inoffensive et peut même être mortel à forte dose, mais s’il est utilisé correctement, il ne présente pas de réel danger pour les travailleurs du bâtiment ou pour les habitants du logement. Les insecticides, fongicides et les produits ignifuges de synthèse sont à terme bien plus dangereux pour la santé humaine car ils s’accumulent au fil du temps dans notre corps, contrairement au bore que l’on élimine facilement. Mais, selon les besoins, la chaux (sous forme de crépis isolant ou de badigeon), le liège ou les isolants minéraux (vermiculite, perlite etc.) peuvent être de bonnes alternatives.

Les liens utiles

www.hc-sc.gc.ca : Un dossier très complet sur le sel de bore de Santé Canada, ministère de la santé canadien
www.ecima.fr : l’ECIMA (European Cellulose Insulation Manufacturers Association), suite à la forte polémique sur le sel de bore dans la ouate de cellulose, a mis en ligne un dossier sur le sel de bore.